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Prime de précarité clinique privée : ce que touche un soignant en fin de CDD

Prime de précarité clinique privée : le taux de 10 % sous la convention FHP

Une infirmière, un brancardier ou un agent de service hospitalier embauché en CDD par une clinique à but lucratif est lié par un contrat de travail de droit privé. L'article L1243-8 du Code du travail fixe l'indemnité de fin de contrat à 10 % de la rémunération totale brute versée pendant le contrat, lorsque la relation ne se poursuit pas en CDI. Elle s'ajoute au salaire et n'est jamais prélevée sur celui-ci.

Pour l'hospitalisation privée, couverte par la convention collective IDCC 2264 négociée par la Fédération de l'hospitalisation privée, le Code du travail numérique ne cite aucune clause conventionnelle propre : il renvoie seulement aux articles L1243-4, L1243-8, L1243-9 et L1243-10. En pratique, la prime de précarité clinique privée reste donc fixée au taux légal de 10 % pour un CDD de remplacement ou de surcroît d'activité, sauf accord d'entreprise valable.

Un taux réduit à 6 % seulement contre une formation réelle

L'article L1243-9 autorise une convention de branche étendue ou un accord d'entreprise ou d'établissement à limiter l'indemnité à 6 %, à condition d'offrir aux salariés en CDD un accès privilégié à la formation professionnelle. La Cour de cassation exige une offre de formation effective : une clause du contrat qui rappelle le dispositif ne suffit pas, et l'employeur doit alors le complément jusqu'à 10 % (Cass. soc., 3 juillet 2012, n° 11-16269).

FEHAP FHP indemnité de fin de CDD : deux conventions à ne pas confondre

Le secteur privé non lucratif obéit à un autre texte. La convention collective nationale du 31 octobre 1951, dite FEHAP (IDCC 0029), s'adresse aux établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux privés à but non lucratif. Elle n'est pas étendue : elle ne s'impose qu'aux employeurs adhérents d'une organisation signataire. Une association gestionnaire non adhérente peut donc relever d'un autre texte, voire du seul Code du travail pour ses contrats courts.

Pour cette convention, le Code du travail numérique renvoie à son article 16.03 au sujet de l'indemnité de fin de CDD. Le contenu exact de cette clause est à vérifier dans la version en vigueur, auprès des représentants du personnel ou du service des ressources humaines, avant d'affirmer un taux différent de 10 %. Une clause conventionnelle ne peut descendre sous le minimum légal que dans le cadre strict de l'article L1243-9.

Repérer la convention appliquée sur le bulletin

Le bulletin de salaire comporte normalement l'intitulé de la convention collective applicable, et c'est le premier indice à relever avant même de relire le contrat. Une clinique commerciale affiche en principe l'IDCC 2264, un établissement associatif adhérent l'IDCC 0029. Une mention absente ou incohérente avec l'activité réelle de l'employeur justifie une question écrite au service paie, car le texte retenu conditionne tout le calcul de fin de contrat.

Médecins des centres de santé : un CDD d'usage sans indemnité depuis juin 2025

Le décret n° 2025-552 du 18 juin 2025, publié au Journal officiel du 20 juin et entré en vigueur le 21 juin 2025, a ajouté un 17° à la liste de l'article D1242-1 : l'exercice de la médecine dans les centres de santé situés en zones sous-dotées. Ces structures peuvent désormais recruter des médecins salariés en CDD d'usage, comme le spectacle ou l'hôtellerie-restauration le font depuis longtemps pour certains emplois.

Conséquence directe : l'article L1243-10 exclut l'indemnité de fin de contrat pour les CDD d'usage, sauf disposition conventionnelle plus favorable. Un médecin recruté sous ce régime ne peut donc pas réclamer 10 % sur le seul fondement de la loi. Le motif inscrit au contrat devient décisif : le même médecin engagé par un CDD classique pour remplacer un confrère absent conserve, lui, son droit à l'indemnité légale à l'échéance.

Le praticien libéral installé en clinique n'est pas concerné

De nombreux chirurgiens, anesthésistes ou radiologues exercent en clinique sous statut libéral, en vertu d'un contrat d'exercice et non d'un contrat de travail. N'étant pas salariés, ils ne relèvent pas de l'article L1243-8 : la fin de leur collaboration se règle selon les clauses de ce contrat d'exercice. La prime de précarité clinique privée ne concerne que les praticiens réellement salariés de l'établissement sous CDD, comme le reste du personnel.

Gardes de nuit, dimanches et fériés : ce qui entre dans la base

L'indemnité se calcule sur toute la rémunération brute du contrat, renouvellement compris. Selon les sources spécialisées, le salaire de base, les heures supplémentaires, les primes et les avantages en nature en font partie ; les majorations de nuit, de dimanche ou de jour férié, qui rémunèrent un travail accompli, suivent en principe la même logique. Les remboursements de frais professionnels, l'intéressement et la participation en sont en revanche exclus.

Exemple : une aide-soignante en CDD de quatre mois perçoit au total 9 200 € bruts, majorations de nuit comprises. Sa prime de précarité clinique privée atteint 920 € bruts, versée avec le dernier salaire. Pendant un arrêt maladie, seule la rémunération versée par l'employeur compte, compléments de salaire compris ; les indemnités journalières de la Sécurité sociale restent hors de la base de calcul.

Congés payés et indemnité : l'ordre du calcul

L'indemnité compensatrice de congés payés réglée en fin de contrat n'entre pas dans la base de l'indemnité de fin de CDD. L'inverse est vrai : les congés payés se calculent au moins au dixième d'une rémunération qui inclut la prime. Dans l'exemple précédent, les 920 € s'ajoutent aux 9 200 € avant le calcul des congés, ce qui porte l'indemnité compensatrice à au moins 1 012 € bruts sur le dernier bulletin.

Prime de précarité clinique privée et remplacements en série

Les cliniques enchaînent souvent les CDD de remplacement pour couvrir des congés maternité, des arrêts maladie ou des postes vacants. Lorsque les contrats successifs sont légalement conclus, la prime de précarité clinique privée est due à la fin de chacun d'eux. Un simple renouvellement du même CDD ne déclenche en revanche le versement qu'à l'issue du renouvellement, sur la durée totale. La différence se lit dans les documents : nouveau contrat signé ou avenant de renouvellement.

Lorsque plusieurs CDD précèdent une embauche en CDI conclue sans interruption, l'indemnité est due pour chacun d'eux, sauf le dernier. Une interruption, même d'un seul jour, entre le dernier CDD et le CDI la rend exigible selon la jurisprudence relayée par les sources spécialisées. Refuser un CDI pour le même poste ou un poste similaire, à rémunération au moins équivalente, fait perdre l'indemnité ; refuser un CDI moins bien payé ne la fait pas perdre.

Requalification en CDI : le sort de la somme déjà perçue

Un soignant qui obtient en justice la requalification de ses CDD en CDI garde l'indemnité déjà perçue : la Cour de cassation l'a jugé le 24 septembre 2025 (n° 24-15.812). En revanche, une indemnité qui n'avait jamais été versée n'est pas due après requalification, selon un arrêt du 25 novembre 2020 (n° 19-20.949). Avant d'engager une action, il faut donc comparer ce que chaque demande rapporte réellement.

Santé privée prime de précarité : les situations où rien n'est dû

Plusieurs situations privent le salarié de l'indemnité, en clinique comme ailleurs. L'étudiant recruté comme agent de service pendant ses vacances scolaires ou universitaires n'y a pas droit ; si son contrat déborde des vacances, même de quelques semaines, elle redevient due. Le contrat d'apprentissage et le contrat de professionnalisation, souvent utilisés pour préparer un diplôme d'aide-soignant, n'ouvrent pas droit à l'indemnité, sauf convention plus favorable.

La rupture anticipée à l'initiative du salarié, la faute grave et la force majeure écartent aussi l'indemnité, tout comme une rupture pendant la période d'essai. Depuis le 1er janvier 2026, les CDD conclus pendant une période de reconversion d'au moins six mois sont exclus à leur tour (loi n° 2025-989). À l'inverse, une rupture d'un commun accord ne permet pas à la clinique d'écarter la somme, et une rupture anticipée par l'employeur hors faute grave l'oblige à verser dommages-intérêts et indemnité.

Infirmière intérimaire : l'agence règle la fin de mission

Une infirmière déléguée par une entreprise de travail temporaire n'est pas en CDD avec la clinique. À l'issue de chaque mission, l'agence lui doit une indemnité de fin de mission de 10 % de la rémunération brute (article L1251-32), ainsi qu'une indemnité compensatrice de congés payés au moins égale au dixième. L'indemnité de fin de mission disparaît seulement si la clinique l'embauche immédiatement en CDI.

Contrôler sa fin de CDD en clinique en six points

  • Relever l'IDCC sur le bulletin de paie : 2264 pour l'hospitalisation privée, 0029 pour un établissement FEHAP adhérent.
  • Lire le motif du recours au CDD : remplacement, surcroît d'activité ou CDD d'usage d'un médecin en centre de santé.
  • Additionner toutes les rémunérations brutes du contrat, majorations de nuit, de dimanche et de jours fériés comprises.
  • Retirer de la base les remboursements de frais et l'indemnité compensatrice de congés payés.
  • Vérifier la ligne d'indemnité sur le dernier bulletin et dans le reçu pour solde de tout compte.
  • Dénoncer le solde de tout compte dans les six mois si une somme manque, puis réclamer par lettre recommandée.

Questions fréquentes

Une clinique peut-elle verser 6 % au lieu de 10 % ?

Oui, mais seulement si une convention de branche étendue ou un accord d'entreprise ou d'établissement le prévoit et offre aux salariés en CDD un accès privilégié à la formation. Sans offre de formation effective, la Cour de cassation impose le complément jusqu'à 10 %. Le Code du travail numérique ne signale aucune clause de ce type dans la convention de l'hospitalisation privée.

Un médecin salarié d'un centre de santé touche-t-il l'indemnité ?

Tout dépend de son contrat. Depuis le 21 juin 2025, un centre de santé situé en zone sous-dotée peut employer un médecin en CDD d'usage, régime exclu de l'indemnité sauf clause conventionnelle plus favorable. Un médecin recruté par un CDD classique, par exemple pour un remplacement, garde droit aux 10 % légaux lorsque la relation ne continue pas en CDI.

Quand la clinique doit-elle verser l'indemnité de fin de CDD ?

À l'issue du contrat, avec le dernier salaire, sur le bulletin correspondant ; la loi ne prévoit pas de versement mensuel. En cas d'oubli, le salarié dispose de trois ans pour réclamer, l'indemnité étant versée à titre de complément de salaire. Le reçu pour solde de tout compte peut, lui, être dénoncé dans les six mois suivant sa signature.

Le CDD d'une aide-soignante en arrêt maladie va-t-il jusqu'au terme ?

Oui. La suspension du contrat pour maladie ou maternité ne repousse pas l'échéance : le CDD prend fin à la date prévue et la prime de précarité clinique privée est due dans les conditions habituelles. Seules les sommes versées par l'employeur pendant l'arrêt entrent dans la base, compléments de salaire compris, les indemnités journalières de la Sécurité sociale restant exclues du calcul.

Organismes et services utiles

01

FHP – Fédération de l'hospitalisation privée

Fédération des cliniques et hôpitaux privés : accès à la convention collective de l'hospitalisation privée, documentation pour les adhérents et offres d'emploi en établissement privé.
fhp.fr
03

PayFit – fiche prime de précarité

Fiche du logiciel de paie PayFit pour les services RH d'établissements de santé : conditions de versement, cas d'exclusion et calcul de l'indemnité de fin de CDD.
payfit.com